Commémoration du 11 novembre au cimetière latin

Lors de la commémoration de l’armistice du 11 novembre 2017 au cimetière latin du Caire, une forte délégation d’élèves, d’enseignants et de cadres du Lycée Français du Caire a montré son attachement au « devoir de mémoire » en rappelant et honorant le sacrifice des soldats et civils, tués, disparus et blessés, pendant cette guerre mondiale de 1914-1918.

Le lycée a fait appel aux élèves volontaires de toutes les classes et niveaux de l’établissement pour lire quelques lettres de « poilus » et chanter devant les délégations officielles l’hymne national français. Cet appel a été entendu et beaucoup d’élèves ont tenu à participer à cette cérémonie commémorative, présidée par l’Ambassadeur de France en RAE, son Excellence Monsieur Stéphane ROMATET, et Monsieur le Consul général de France au Caire, Monsieur Olivier PLANCON.

La représentation diplomatique était accompagnée par les attachés de défense des Ambassades installées au Caire dont les ressortissants ont été concernés, à un titre ou à un autre, par la guerre 14-18 : les représentants des USA, de la Grande Bretagne, de la Belgique, de l’Italie, du Japon, de la France. D’autres personnalités locales et représentants des anciens combattants de toutes les guerres étaient également présents.

Après l’ouverture de la cérémonie par le Colonel DESGREES DU LOU, attaché de défense près l’Ambassade de France, qui a rappelé la violence de l’expérience combattante au cours de la grande guerre et le sacrifice des « citoyens-soldats » (1,2 millions de victimes militaires en France, près de 10 millions pour l’ensemble des belligérants), trois élèves ont évoqué les sentiments et les réflexions des combattants au travers de lettres adressées pendant la guerre à leurs proches et amis :


Première lettre, lue par Zaïna FOUAD, élève de 3ème 3 :

Pierre CHAUSSON :

(…) « Les canons et les fusils ne marchaient plus, il régnait un silence de mort. Il n’y avait que les blessés qui appelaient : « Brancardiers ! Brancardiers ! » … « A moi, au secours ! » …D’autres suppliaient qu’on les achève. C’était affreux à voir. (…) Le bombardement commençait et il fallait rester là, à attendre les obus, sans bouger jusqu’au soir 8 heures où on venait nous relever. Chaque soir il y avait 100 ou 200 blessés sans compter les morts. Un jour, on y passait la journée, l’autre, la nuit, avec cela coucher à la belle étoile ; nous n’avions rien pour nous couvrir, je me demande comment nous avons résisté. (…)


Deuxième lettre lue par Janna NEHAD et Farida EL SHEIKH :

Michel TAUPIAC dit « François » – Dimanche 2 mai 1915

Il avait 19 ans en 1914. Il avait l’habitude d’écrire souvent à son ami Justin Cayrou. Après avoir survécu à la guerre, Michel Taupiac devint pêcheur sur la Garonne, mais aussi herboriste et guérisseur à ses heures.

Cher ami,

Enfin, je puis t’écrire un peu plus tranquille maintenant que la grande bourrasque des jours derniers paraît s’éteindre. Tu as sans doute entendu parler de cette attaque furieuse du côté d’Ypres, où tous les moyens de destruction ont été employés (y compris les gaz) … De cette lutte de cyclopes, il n’en restera qu’un peu de boue…Je ne te parle pas de mon rôle dans cette guerre. Je suis le matricule N°X, une partie du maillon de cette immense chaîne. J’ai des heures de nostalgie et de dégoût. Quelquefois je me dis : « pourvu que tu t’en sortes ! » ; bien souvent, « A quoi bon ! » Que je meure ici en pleine force, une lueur de gloire dans les yeux ou que je finisse plus tard bourgeoisement dans un cimetière : qu’importe, la vie n’a jamais été pour moi une chose bien douce et l’avenir me paraît bien noir. Je ne ferai rien pour disparaître, je n’ai pas le sang d’un héros. J’ai même comme un frisson quand la mort me frôle de trop près, et machinalement, je fais ce qu’on appelle son devoir. Je suis un de ces millions d’anonymes qui forment l’instrument pour forger une page sanglante de notre histoire. Cette époque sera bâtie avec beaucoup d’héroïsme, de tristesse et de lâcheté.

J’attends de tes nouvelles, ton ami,

Taupiac.


Le clairon, pour l’appel « aux morts », a ensuite retenti dans le cimetière, suivi d’un moment de silence et de recueillement, puis des gerbes ont été déposées, avec l’aide de jeunes enfants, par les diverses délégations militaires.

Les élèves des autres classes (une trentaine), regroupés face au monument aux morts, ont alors chanté le premier couplet et le refrain de la Marseillaise « a capella » sous la direction de Madame Sylvie POIRIER, leur professeur de musique, et de Madame Dominique TRABOULSI, leur Proviseur. Ce chant de guerre, 99 ans après l’armistice de 1918, a créé une grande émotion chez tous les participants, qui ont pu mesurer, par ces voix d’adolescents, toute l’absurdité et l’horreur du conflit. Le chant de guerre est soudain devenu, en la circonstance, un hymne à la paix et la liberté, à la nation et au peuple citoyen.

Ensuite la délégation du lycée français, élèves et enseignants (chacun portant le « bleuet », symbole des soldats français morts au front, comme les anglais portent le « coquelicot » symbolisant le sacrifice des « tommies ») se sont rendus à la résidence de l’Ambassadeur de France en R.A.E., son Excellence Monsieur Stéphane ROMATET, pour une collation dans les jardins de la résidence. Les élèves ont ainsi pu mesurer l’action conduite par notre représentation diplomatique en matière de de présence et de rayonnement de la France à l’étranger, le travail des différents services et les missions d’un Ambassadeur de France, incarnant en Egypte et pour les français qui s’y trouvent en résidence à la fois l’autorité du Président de la République Française et celle de tous les ministres du gouvernement français.

Monsieur l’Ambassadeur, très disponible, a répondu à toutes les questions posées par les élèves, les a remerciés pour leur « comportement citoyen » et a insisté sur le regard attentif et bienveillant qu’il portait aux élèves du lycée français, à leurs activités et leur réussite.

La communauté scolaire du LFC est heureuse et fière d’avoir été ainsi honorée, en participant à cette commémoration citoyenne du 11 novembre, et a résolu de revenir en plus grand nombre, l’année prochaine, pour le centenaire de 1918, afin de poursuivre ce travail « d’humaine mémoire ».

Les élèves du Lycée français dans les jardins de la Résidence de l’Ambassadeur de France en R.A.E., Monsieur Stéphane Romatet, accompagné par Madame Dominique Traboulsi, Proviseur du LFC, de Madame Véronique Knapp, Attachée de coopération éducative, et de Monsieur Antoine Lo Cunsolo, Directeur administratif et Financier du LFC.